Lucien Pouret

L’enfant du pays parti faire fortune

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Lucien POURET nous a légués un certain nombre de documents qui portent sur son milieu, son entourage, son époque mais qui parlent très peu de lui. On peut résumer sa biographie à ceci :

Il nait au Vigen le 8 juillet 1868. Il se prénomme en réalité François mais on lui donne, comme c’était fréquent en Limousin, un prénom d’usage différent.

Sa mère, Jeanne BURELOUT, meurt alors qu’il est encore enfant. Son père, Jean Baptiste POURET, boulanger au bourg, se remarie. Le jeune Lucien ne s’entend pas avec sa belle mère et la vie familiale lui devient insupportable. A 12 ans il quitte le domicile paternel et va travailler à Limoges comme garçon de courses. Il part ensuite à pied à Bellac où il trouve un emploi d’apprenti chez un boulanger pâtissier.

Il se lie d’amitié avec un autre apprenti employé par son patron et tous deux forment le projet de « monter » à Paris. Quelques années passent avant qu’ils puissent mettre leur projet à exécution. Enfin, à pied et par étapes successives, se nourrissant et se logeant comme ils peuvent, ils atteignent la capitale

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Lucien Pouret en 1913

Commence alors pour Lucien POURET une période très dure mais le garçon est tenace et persévérant : Au bout de quelques années c’est un pâtissier qui maîtrise son art. Il s’est instruit aussi. Sa formation scolaire était très faible ; quelques jours à l’école primaire du Vigen ne lui avaient donné que peu d’instruction. Mais il s’est inscrit à des cours du soir et a rapidement rattrapé ce qui lui avait manqué à l’école. Désormais on peut dire que la personnalité de Lucien POURET présente trois facettes.

Le pâtissier de renom

Il semblerait que Lucien POURET soit allé travailler en Allemagne et qu’il y ait rencontré sa femme Henriette LECLAIR. Probablement lors de son retour en France, il achète, rue Félix Faure à Paris, une petite pâtisserie qui marche bien. Elle lui aurait permis de se constituer les fonds nécessaires à l’acquisition, au 202 de la rue Saint Honoré, d’une pâtisserie salon de thé renommée : le Ragueneau.

Situé au cœur du quartier du Palais Royal, à proximité de la Comédie Française, l’établissement avait été fondé en 1628 sous forme d’auberge rôtisserie par Cyprien RAGUENEAU. Excellent cuisinier, ami des arts et de MOLIÈRE, Cyprien RAGUENEAU était lui-même poète mais sans succès : Sa femme emballait ses pâtés dans ses écrits.

L’établissement existe encore de nos jours. Il est redevenu un café-restaurant toujours ami des arts, des poètes et des comédiens.

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Le Ragueneau de Lucien Pouret
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Le Ragueneau aujourd’hui

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Carte postale publicitaire du Ragueneau

Le poète

Comme son prédécesseur, Cyprien RAGUENEAU, Lucien POURET se découvre naturellement poète. Il s’essaie timidement d’abord puis s’enhardit. Il finit par faire partie de la Société des Gens de Lettres. Il est publié dans des revues et fait paraître deux recueils de poésies. Il ne fera jamais partie de l’avant-garde ni des très grands. Ses œuvres qui sont parfois dans le style enflammée de l’époque ne manquent pas de souffle mais ne sont  pas passées à la postérité

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Carte d’adhérent à la Société des Gens de Lettre de Lucien Pouret

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Recueil de poèmes (édité en 1911)

L’acteur de la vie mondaine et politique

Autour des années 1910-1930 Lucien POURET a une vie mondaine et politique, il mène une action soutenue dans son syndicat professionnel. Il semble proche, peut être ami, de Maurice BARRÈS écrivain, académicien et homme politique nationaliste au parcours et aux idées très contrastés. On le voit en 1914 au diner de la Société des Poètes Français présidé par M. Raymond POINCARÉ et en 1931 à celui de Paul DOUMER. Cette même année il est aux funérailles du Maréchal JOFFRE, en 1932 il est à celles de Paul DOUMER.

En 1917, il est président intérimaire du Syndicat Général de la Pâtisserie Française et bataille contre l’interdiction des pâtisseries fraiches par mesure de rationnement. A un siècle de distance, sachant ce qu’était le front dans le même temps cela parait dérisoire. Toutefois à lire les échanges cela n’est pas si simple. Il semblerait que Lucien POURET soit allé plusieurs fois en Amérique en tant que représentant de la pâtisserie française, à l’occasion d’expositions. En 1937 on le retrouve avec une carte de presse pour l’exposition internationale de Paris. Pour la période de l’occupation allemande on ne sait rien. Ses anciennes sympathies l’ont t-elles conduit vers de mauvais choix ? En 1947 il est toujours membre de la Société des Poètes Français. En 1951 il est au comité des œuvres sociales du Cercle Républicain. 

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Invitation aux funérailles de Paul DOUMER

Après une vie laborieuse et intense la retraite de Lucien POURET se poursuit apparemment de façon plus modeste. Il perd sa femme, Henriette, le 14 octobre 1949 et meurt à Paris le 4 avril 1954 dans sa 86 ème année. Selon son souhait, il repose avec sa femme au cimetière du Vigen.

Lors de la dénomination des rues du bourg en 1985, et sur proposition de M. Maurice DARFEUILLE, son nom a été donné à la voie qui longe la mairie et part en face de la boulangerie où exerçait son père.
Maurice DARFEUILLE avait rencontré Lucien POURET et avait trouvé en lui un homme raffiné qui restait attaché à son village d’origine : « Il parlait de ses souvenirs et demandait des nouvelles des vieilles familles« .

Parti très jeune et sans rien de son village Lucien POURET, à force d’intelligence et de travail, s’est élevé dans une certaine  société.

Mais faisait-il vraiment partie de cette société ? L’avait-elle vraiment adopté ? Ce que laissent transparaitre les documents qu’il nous a laissés nous incite à nous interroger
Les différents milieux sont-ils assez ouverts pour vraiment accueillir en leur sein tel ou tel qui, par ses qualités et son talent le mérite, mais n’est pas de la « famille » ?

 

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Carte de presse à l’exposition internationale de 1937

 

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Tombe de Lucien (François) POURET au cimetière du Vigen

 

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Lettre de Maurice BARRES à Lucien POURET

Sources : Archives municipales et M. Maurice Darfeuille

23/10/17 – 10/07/18