Adrien Delor

 

Le refondateur de la commune

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Adrien Delor nait le 1er janvier 1839. Son père et son oncle tiennent à Limoges une fabrique de droguet, toile de médiocre qualité et que l’on considère comme l’ancêtre du jean.  L’entreprise n’est pas très prospère.

Il prépare son baccalauréat de philosophie à Paris et obtient ce diplôme, rare à l’époque, en 1856. Il est reçu premier des quatre admis sur les cinquante qui se sont présentés. Il envisage de poursuivre ses études et d’embrasser la profession d’avocat mais doit revenir à Limoges pour remplacer son père qui souhaite quitter la fabrique.

En 1865 il quitte à son tour la fabrique pour se consacrer à l’agriculture et à l’élevage dans les propriétés que sa famille a acquises au Vigen. Le 22 juillet 1865 il entre au conseil municipal de Solignac en remplacement de son père.

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Sous l’ancien régime Solignac et le Vigen étaient deux paroisses distantes de moins d’un kilomètre de clocher à clocher. Après la Révolution ce furent deux communes. Solignac était une agglomération d’environ 400 habitants autour de l’abbatiale. Le Vigen c’était quelques maisons autour de l’église romane et de nombreux hameaux répartis sur près de 4500 hectares avec une population d’environ 2500 habitants.

En réponse à une proposition du préfet suggérant la réunion des deux communes le conseil municipal du Vigen, le 15 novembre 1817, se déclara favorable à cette réunion. Le 25 février 1818 le Vigen fut rattaché à Solignac.

Géographiquement, cette réunion était logique puisque des hameaux comme Villebon ou Envaud faisaient partie du Vigen alors que par rapport à cette commune ils étaient de l’autre côté du bourg de Solignac.

Mais, en juillet 1870, les conseillers municipaux issus du Vigen, dont Adrien Delor qui venait d’être réélu, furent expulsés du conseil municipal. Le motif de l’affrontement était probablement dû à une différence de mentalité entre des ruraux conservateurs du Vigen et la population de Solignac majoritairement ouvrière à la fabrique de porcelaine installée dans l’abbaye. Survint alors la guerre de 1870. La paix revenue les élections eurent lieu en 1871. Adrien Delor fut élu maire de Solignac et du Vigen. Le conflit national n’avait pas éteint le conflit local et calmé les esprits ; la séparation était inévitable.

Par délibération du 5 novembre 1871 le Conseil Général de la Haute Vienne sépara les deux communes. Le conseil municipal fut dissous par un décret du 14 décembre 1871 signé de Monsieur Thiers. Les communes étaient rétablies telles qu’elles étaient avant la réunion de 1818.

Il s’ensuivit plusieurs années confuses de tractations. Un certain nombre d’habitants de Solignac réclamèrent même à nouveau la réunion avec le Vigen. Enfin la loi du 29 juillet 1890 rééquilibra le découpage des deux communes et permit l’apaisement.

Aux élections de janvier 1872, juste après la séparation  Adrien Delor est élu maire du Vigen. Le travail à faire est énorme : Il faut construire une mairie et des écoles au bourg, à Boissac, à Puy Méry, Il faut réparer l’église, faire des chemins, etc. Adrien Delor parvient à réaliser ce programme en maintenant sa commune parmi les moins imposées du département. Il est réélu maire jusqu’en 1912 avec à chaque fois une majorité écrasante.

Le dernier tiers de ses mandats, à partir de 1900,  est plus difficile du fait de l’arrivée d’un préfet franc-maçon, intégriste, violemment anticlérical, hostile aux idées chrétiennes d’Adrien Delor. L’instituteur, le receveur des postes, le garde champêtre sont mutés ou révoqués. Les crucifix sont retirés des classes. L’école des filles tenue par des religieuses est laïcisée. Celles-ci sont relogées par Adrien Delor dans un local lui appartenant. Le préfet fait fermer le local pour insalubrité contre l’avis du Conseil d’Hygiène. Toutes ces mesures heurtent Adrien Delor, qui ne fait que traduire le sentiment de la population de l’époque. Les difficultés de relation avec la préfecture dont le poids décisionnel et financier est à l’époque bien plus important que de nos jours, conduisent  Adrien Delor, dans le dernier tiers de ses mandats, à se limiter à une simple gestion avec les seules ressources de la commune.

Adrien Delor est un admirateur de Frédéric Le Play qu’il considère comme son maitre même si sur tel ou tel sujet leurs analyses divergent. Il est l’auteur d’articles dans la presse, de fascicules, d’études comme par exemple « La corporation des bouchers de Limoges » ou « La grève des ouvriers du chemin de fer de Limoges à Brive ». Il met en œuvre dans ces études une méthode d’enquête objective comme on le ferait de nos jours.

Adrien Delor plaide en faveur du droit du travail, du droit à un salaire décent qui permet à l’ouvrier de faire vivre sa famille : « Toutes les philosophies ne remplaceront pas pour l’ouvrier le pain quotidien et la sécurité du lendemain »

A son époque, pour un homme de son milieu social, de sa situation matérielle, cette objectivité, ce besoin pressenti de mesures sociales est remarquable. C’est un homme conscient des responsabilités et des devoirs de l’État, des chefs d’entreprise, des travailleurs. Il alerte l’opinion publique, il ne craint pas les jugements défavorables de ses contemporains, de sa classe sociale.

Adrien Delor est moralement un conservateur. L’évolution politique et sociale de son époque ne va pas dans un sens qu’il approuve mais intellectuellement c’est un homme libre et moderne.

Adrien Delor meurt le 7 février 1914 dans sa 76ème  année. Six mois plus tard l’Allemagne déclare à la France une guerre qui sera à l’origine d’un monde de déraison qu’il n’aurait certainement pas approuvé.

Source : M. André Couturier

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